Une partie indivisible de sa scénographie aquatique

Ce titre est issu du roman de l’écrivain Argentin Rodrigo Fresàn, Mantra. Mantra est une écriture du montage qui tente de traiter de la ville de Mexico DF. Il tourne autour d’histoires de piscines, d’épisodes de la Quatrième Dimension qui n’existent pas, de films qui existent, de légendes aztèques et de Maria-Marie. Maria-Marie a une théorie: «le jour où toutes les filles tomberont au même moment dans toutes les piscines, le monde tel que nous le connaissons touchera à sa fin.»

Le corps se module par rapport à la sculpture, pensée comme un agrès. Il fait partie des éléments issus de différents contextes, qui se composent dans un rapport d’équilibre et de proportion. L’action se déploie sous forme de boucle, elle crée l’ennui dans un espace qui a quelque-chose de fantomatique. La nageuse erre sans devenir, appelant à la contemplation. Elle débute sa parade, charme, on la suit. Elle s’adonne à de courtes aventures avec les sculptures, les apprivoise. Elle est prise dans une suite d’actions mystérieuses, parade mystique dont le destinataire reste inconnu.

Une nageuse en maillot rouge traverse l’espace, ralentit, elle vaque à ses occupations, isolée, elle adresse de temps à autre un sourire, un regard – et le personnage sort de la fiction. Elle s’approche, découvre les reliefs. Son pied s’appuie sur la pointe des cailloux, les explore. Le geste la ramène à un souvenir qu’elle ne possède pas – elle ne possède aucun souvenir, elle aussi est un état.

La résine recouvre les morceaux de marbres. Plus près. Le marbre dévore la résine. Le bleu absorbe. Un bleu onctueux presque crémeux. Il s’appelle Buenos Aires et Buenos Aires c’est la capitale argentine. Maria-Marie est née en Argentine.

Maria-Marie se déhanche. Maria-Marie traverse. Maria-Marie a une théorie, la Quantum Theory, une affaire de terrorisme multidimensionnel des piscines qu’elle explique en utilisant les Variations Goldberg de Bach. Les variations se déploient dans l’aria en de subtiles options, certaines très semblables, d’autres radicalement différentes – différentes versions d’une même histoire qui n’altèreraient pas sa trame.

J’aime l’eau d’une passion désordonée.

Les architectes modernistes voulaient mettre la piscine au centre de la vie quotidienne. Dans sa Bailey House, l’architecte américain Pierre Koenig prolonge la cloison de la chambre parentale au rez-de-chaussée, elle devient le mur de la piscine, s’endormir au rythme de l’eau. L’eau modifie le mouvement, la gravité, et c’est la possibilité d’une autre réalité. Il y a l’espace visible du dessus et celui du dessous. Il faut s’y plonger pour pouvoir observer sans que tout soit déformé.

Une partie indivisible de sa scénographie aquatique, 2013–2014

Installation composée de six ensembles sculpturaux, un dégradé de couleurs activés par une performance.

La natation synchronisée se décompose en deux niveaux: le spectacle (la représentation artistique) est au dessus de l’eau, parfois la caméra plonge et nous laisse découvrir autre chose: l’effort physique. La ligne de l’eau représente cette surface-limite, ce moment précis de basculement entre deux états. Début 2013, nous commençons à suivre l’équipe de natation synchronisée de la ville de Lyon. Nous constituons alors un catalogue d’images, de gestes, de matériaux, de sons et de récits. Catalogue-outil qui sera à la base de cet ensemble installation. 

Performance: Laura Giacomini, Amélie Giacomini, Lucie Riothon Pannetrat, Laura Sellies
Réfectoire des nonnes, Les Subsistances, Lyon, France
Images: Laurent Basset et Karolina Krassouli

Un corps apparaît, traverse la scène, caresse une arête, longe une face, calme les chambellans, anime le désordre apparent d’un but nouveau, saisissant, inéluctable. Les sculptures se mettent à respirer.

— Bastien Gallet, juin 2014Lire le texte