Toutes ces filles couronnées de langues : les instruments

Poétique et politique sont imbriquées. Notre réalité est façonnée par notre langage. Elle est régie par une pensée straight, pour la déconstruire il faut nommer différemment. Le langage est performatif. Inventer un nouveau langage donc, une nouvelle forme d’échange pour inventer ses propres règles. Ici, il sera sans mot, en mouvement. Il peut se modifier, s’enrichir en permanence. Les sculptures-instruments sont la forme de ce langage partagé par la communauté de Toutes ces filles couronnées de langues.

Un dispositif sonore met chaque plaque de cuivre en vibration : celles-ci viennent capter et amplifier les sons. Le cuivre est utilisé pour sa qualité de conduction de l’électricité. Le circuit d’un amplificateur a été dessiné et découpé dans la plaque puis rassemblé : la plaque diffuse le son. Un transducteur met la plaque en vibration. Un micro piézo vient capter les sons. Le son est alors à la fois produit et diffusé par la plaque. Elle est une antenne autonome. Lorsque les plaques sont manipulées en groupe, les rapprochements des corps produisent des phénomènes de larsen que les mouvements des performeuses viennent moduler. 

Deux plans séquences issus du film Toutes ces filles couronnées de langues sont projetés en boucle. L’un montre la manipulation des instruments dans le paysage volcanique de Lanzarote, la manière dont ils entrent en interaction. On voit l’espace, l’immensité d’un cratère. L’autre montre les visages en plan serré des cinq performeuses. Elles se regardent, se touchent. Elles rient parfois. La caméra se promène dans la masse que forment ces cinq corps. On passe d’un visage à un autre, ils occupent toute l’image. La double projection met en miroir les deux scènes, paysage et groupe, le lien qui les unit : ces instruments qui leur permettent de communiquer. 

Toutes ces filles couronnées de langues : les instruments, 2019

L’installation se compose de cinq sculptures (dim. variables, cuivre, micro piézo-électrique, transducteur, éléments électroniques), de deux vidéo-projections (12min55) et d’une installation sonore (12min55). 

Les sculptures ont été réalisées en collaboration avec Thierry Madiot.

Image : Thomas Favel et Michele Gurrieri.
Composition sonore : Raphaële Dupire.
Avec Nathalie Broizat, Silvia Di Rienzo, Anna Gaïotti, Pauline Lorillard et Susanne Schmidt.

L’installation a été produite par Lafayette Anticipations, fondation d’entreprise Galeries Lafayette, 2019.

Les photos ont été prises par Romain Darnaud lors de l’exposition Bels animal, Château du Feÿ, Bourgogne, Fr, 2019.
Avec le soutien de Brane Project.