Insula Dulcamara

Les deux variantes évoquent un pays Vainoki où ne vivent que des femmes dont la reine est Hina. Ces femmes s’accouplent à des racines aériennes de Pandanus Odoratissimus dont les plus jeunes, libres, obliquent vers le sol. Seules viennent au monde des filles. — Serge Dunis

Hina immerge son corps vieillissant dans l’eau. Peau et cheveux flottent à la surface, elle mue. Afin de retrouver ses forces vitales, Hina s’expose ensuite longuement aux rayons du soleil. C’est sur cette idée d’un pouvoir régénérateur de la lumière que le projet s’appuie. Des femmes en combinaisons blanches sont présentes dans l’espace d’exposition, elles prennent soin du lieu, de l’architecture et des éléments matériels qui le composent. Elles en sont les gardiennes, agissant par les gestes, elles émettent des sons apaisants, parfois stridents, travaillant un rythme qui agit sur le spectateur de manière hypnotique. Un nouveau langage sans mot, une langue qui leur appartient, une langue libidinale, un flux continu et sans rupture.

Une sculpture lumineuse est au centre de l’exposition, une couche de résine transparente vient emprisonner par endroit un tissage réagissant à la lumière. Ce tissage de facture artisanale fait écho à divers mythes féminins mais ici nulle part la question de l’attente d’un hypothétique revenant. Le tissage est travaillé en fils de cuivre pour le pouvoir conducteur du matériau, une source lumineuse placée en dessous de la résine vient en révéler la présence, il nous éblouit. C’est cette sculpture qui vient générer la vie, sa lumière nous attire, les gardiennes en sont tributaires: une sculpture-mère dont la facture d’un masque échangé par les performeuses semble nous rappeler le rôle.

Le sol est recouvert de scories noires, les résidus d’une catastrophe antérieure, quelque chose s’est produit dans cet espace initialement domestique, reste l’élément naturel, comme la présence d’une réalité plus ancienne.

Insula Dulcamara, 2016

Installation composée de quatre vidéos, une sculpture, une pièce sonore et une performance, réalisée dans le cadre des Galeries Nomades, hors les murs de l’Institut d’Art contemporain de Villeurbanne.

Performance: Anna Gaïotti, Laura Giacomini, Lotus Edde-Khouri et Catherine Touzeau
Son: Raffaele Grimaldi
Image: Antoine Waterkeyn
Commissariat: IAC, GAC (Groupe d’art contemporain), Annonay, France
Photos: Blaise Adilon

Elle ne fait que passer entre ces deux pôles d’énergies, cuivre et électrodes, dans un processus de régénération. L’air s’électrise entre ces corps conducteurs. Elle ne nous regarde pas. Elles sont chez elles et nous sommes spectateurs.

— Ilan Michel, décembre 2016Lire le texte