Fond et sa sculpture dissimulée

Salton Sea est située à environs cent-soixante miles de Los Angeles, dans le désert du Colorado. Un panneau de bois à la couleur délavée nous indique Salton Sea Marina Beach. La rue nous mène à une étendue d’eau. Infinie. Plus près la couleur se transforme, l’eau est huileuse, prend des reflets d’essence. Le sable épais est très blanc. Le paysage se décompose. Le sable. Des milliers de cadavres de poissons pulvérisés. Le sable. Ils sont emprisonnés dans une couche de sel, fossilisés. Une catastrophe s’est produit. Tout a été englouti, paysage lunaire salin. Les arbres sont au sol, les maisons vides de leurs occupants.

On voit des fragments transparents, violacés, des taches aussi. Un bateau qui dégaze. Trois morceaux se découpent sur le blanc du plâtre. Courbe parfaite, elle l’imite, elle cherche sa place, traverse, tourne autour des éléments. Lenteur de rêve, vigilance extrême, elle s’arrête pour accomplir un geste. Le blanc joue la réflexion de la lumière. Le blanc c’est le sable. Plus tard le blanc se teinte du même rose que celui qui couvre les murs.

Elle reprend sa parade, lente, presque imperceptible, elle reconnait les éléments qui lui appartiennent, se cambre, ses jambes s’écartent, disparaissent derrière le fond. Elle se superpose – camouflage lascif – ils la regardent, ils ne regardent qu’elle. Les spectateurs. Dernier motif venant compléter la spirale du thème. Héroïne redondante sans laquelle le fond ne se déploierait pas, elle réactive le paysage désolé et rend la projection du récit possible.

Fond et sa sculpture dissimulée, 2014

Installation composée de deux éléments sculpturaux, un dégradé de couleur et une performance.

Performance: Anna Gaïotti
Commissariat: Georgia René-Worms, Cité scolaire François Villon, Paris, France
Images: Paul Nicoué