5:03 Contre-plongée, léger dégradé, il fait chaud

En 1928, Adolf Loos imagine un projet de maison pour Joséphine Baker. Une piscine sur deux étages occupe le centre de l’architecture. La salle de réception est organisée autour de la piscine. Joséphine Baker entre, sa poitrine est caressée par un maillage de petites pierres colorées, attrapent la lumière, un collier. Jupette qui se soulève au moindre de ses mouvements, sandalettes dorées, Joséphine est l’objet du regard de ses invités. Le seul divertissement autorisé. Des fenêtres à battants sont disposées tout autour de la piscine venant éclairer le corps de la danseuse. Joséphine nage, Joséphine plonge et s’immerge, elle pénètre l’eau sa peau est luisante, elle ne voit pas ses invités. Les fenêtres, surfaces réfléchissantes, l’en empêchent. Celle qui joue peut alors se comporter comme si elle n’était pas vue. Elle se regarde dans le reflet des fenêtres, elle voit son corps glissant se superposer aux regards désincarnés des ombres invitées. Les fenêtres deviennent celles qui observent, dispositif érotique mis en place par le maître Loos. Le corps de Joséphine Baker est une surface plongée dans une autre surface. La maison ne sera jamais réalisée.

5:03 Contre-plongée, léger dégradé, il fait chaud, 2015

Installation présentée lors du 60e Salon de Montrouge, composée de deux éléments sculpturaux, une photographie murale et une performance.

Performance: Anna Gaïotti
Photographie murale: Ibrahima Mbengue
Commissariat: Stéphane Corréard, Le Beffroi, Montrouge, France
Images: Julien Rezette

Leurs sculptures minimales peuvent évoquer la rationalité moderniste, mais jouent d’une ambiguïté avec l’accessoire télévisé ou le mobilier, et sont perturbées par la sensualité du toucher des performeuses.

— Pedro Morais, avril 2016Lire le texte

Si, en animant la pièce, la jeune femme lui donne vie, elle devient à son tour un fantôme, une image, en disparaissant. Son corps «canon» et son visage sans affect lui confèrent une étrangeté qui met en doute sa présence réelle. 

— Marie de Brugerolle, mai 2015Lire le texte

C’est bien une certaine politique du regard qui est en jeu : un regard contorsionniste qui tente de saisir dans sa globalité un spectacle qui se dérobe sans cesse : soit parce que les éléments de décors font office d’écrans, soit parce que les interprètes qui activent ce décor, dans leur justaucorps rouge grenat ou bleu roi, font diversion.

— Claire Moulène, juin 2015Lire le texte